Pensée des Sciences. Le séminaire 2011. Autour de Gilles Châtelet
Séminaire « Pensée des sciences » 2010-2011

Le séminaire se tient généralement les 2ème et 4ème Mercredis du mois
Mercredi 12 Janvier 2011 (Salle des Actes)/20 Heures
De l’évolution du concept de nombre.
Méditations orthogonales sur la symétrie et l’infini dans l’œuvre de Gilles Châtelet
Mercredi 9 Février 2011 (Salle des Actes)/20 Heures
Des enjeux du mobile à la valeur inductive de la pensée (I)
Mercredi 9 mars 2011 (Salle des Actes)/20 Heures
Figures du mouvement : la mobilité entre science et politique
RÉSUMÉ : Figures du mouvement La mobilité entre sciences et politique
Dans ses dernières interventions (maintenant recueillies par Catherine Paoletti dans Les animaux malades du consensus, Paris, Lignes, 2010), Gilles Châtelet se réclama de Marcuse, non seulement en tant que critique des sociétés capitalistes, mais aussi en tant que philosophe de l’histoire comme « advenir » et comme « mobilité ». La « mobilité » est la dimension ontologique qui résiste à l’inertie et à la normalisation : politiquement, elle permet de s’opposer aux technologies de mobilisation en quoi consiste le gouvernement des démocraties-marchés, fondé sur l’autorité de la moyenne statistique des consommateurs érigée en majorité morale. Ce à quoi G. Châtelet oppose l’individuation dynamique et collective de singularités autonomes par le geste de se donner soi-même une norme. Mais le concept de « mobilité », que Marcuse étudie chez Hegel dans sa thèse de 1932, inspirée par Heidegger, renvoie également à une idée du mouvement des êtres naturels qui permettrait de penser la réalité physique par-delà l’ontologie atomistique et mécaniste. Schelling, Hegel et les philosophes de la Nature du XIX siècle cherchent à élaborer une physique nouvelle, non-newtonienne, qui ne serait plus fondée sur les interactions extrinsèques entre des entités isolées, mais sur un pouvoir interne d’auto-mouvement et d’auto-différenciation de la Nature. Cette idée d’un mouvement interne, par quoi les êtres adviennent à leur propre liberté par le biais d’un acte immanent d’auto-détermination, est au cœur de la philosophie idéaliste et romantique : en elle, convergent l’idéal de l’autonomie du sujet et la conception de la nature comme processus de libre production de formes. L’œuvre de Gilles Châtelet apparaît donc comme indissociablement scientifique et politique : d’une part, la redécouverte d’une vision dynamique de la nature qui agit comme refoulé de la physique-mathématique moderne et contemporaine, et d’autre part, l’affirmation du pouvoir des sujets de s’individuer par un geste libre d’auto-détermination, trouvent une racine commune dans cette compréhension du mouvement. Le refus des formes contemporaines de société est donc solidaire d’une démarche visant à ré-écrire l’histoire des sciences occidentales.
Andrea CAVAZZINI.