Colloque STRUCTURE Imec à Caen

PROGRAMME du 10 au 12 Mars 2016

1. COMITÉ PRÉPARATOIRE DU CONGRÈS 2016

Formulation des thématiques

Thème 1- Archéologie des savoirs - Généalogie de la pensée

Il s’agira, autour de ce thème, de rendre compte de la genèse de la notion de structure et des critiques dont elle a pu faire l’objet. Il est possible de trouver plusieurs sources à la notion de « structure ». Elle est d’ailleurs utilisée par de très nombreuses disciplines, aussi bien dans le champ des sciences de la nature que dans celui des sciences de l’homme. À l’intérieur de ces dernières, elle se trouve employée de manière souvent très différente selon les auteurs. La notion, telle qu’elle va faire florès dans la seconde moitié du XXe siècle, découle des travaux du linguiste F. de SAUSSURE. Pourtant celui-ci n’utilise pas le terme de structure : il ne parle que de « système ». C’est l’école de Prague qui choisira de s’exprimer, dans sa suite, en termes de structure. La notion deviendra un concept majeur à partir de ce mouvement linguistique auquel viendra emprunter, via R. JAKOBSON, C. LEVI-STRAUSS dans sa thèse sur « Les structures élémentaires de la parenté ». La parenté, soutient-il, peut s’analyser, analogiquement au langage, en termes de structure. J. LACAN emprunte alors lui-même le concept à LEVI-STRAUSS et à JAKOBSON et lance son fameux aphorisme : « L’inconscient est structuré comme un langage ». Cette époque, à laquelle se trouvent associés d’autres auteurs importants, tels R. BARTHES ou J. DERRIDA, est celle d’une féconde interpénétration des disciplines à l’intérieur des sciences humaines. Ce mouvement déclinera vers les années 1980, alors qu’aucune critique vraiment décisive ne lui aura été adressée. Sans nul doute tendait-il, sous la plume de certains, à un formalisme autodestructeur.

Thème 2- Structure et théorie de l’action

La notion complexe de structure, notion clé des sciences sociales, répond de deux sens complémentaires. Le premier l’associe à l’architecture d’un système qui souligne les différents cadres fondamentaux, où s’expriment des interactions stratégiques. Le second rapporte la structure à un ensemble de relations intégrées dans un cadre plus large, elle est le sous-système d’un système « total ». Cette notion a été, dès la fin des années 1970, l’objet d’une opération soutenue de disqualification, au prétexte de présupposés déterministes et d’un mépris pour les individus traités en idiots politiques, sociaux et culturels. Cette offensive s’est faite sous le drapeau d’un retour de l’acteur, autonome, réflexif et stratège et sur fond d’un individualisme méthodologique à peine voilé. Certains auteurs, comme GIDDENS, apparaissent alors comme des sauveurs d’une structure pensée en relation avec les conduites des agents. Deux questions méritent ainsi d’être posées autour d’une reconsidération de cette évolution : Dans quelle mesure cette opposition structure / acteur est-elle produite, fabriquée, inventée à un moment donné dans les sciences sociales et humaines ? Peut-on penser une structure qui dépasse cette antinomie dont les sciences sociales sont particulièrement friandes et qui puisse fonder une théorie de l’action ?

Thème 3 - Structure et dialectique

Cette thématique explorera de quelles façons, épistémologiques et méthodologiques, une approche dialectique des faits humains et sociaux peut réinterroger le concept de structure. La discussion partira de l’idée que ce concept de structure ne se réduit ni à un courant structuraliste (suspecté de formalisme) ni à des structures coercitives qui s’imposeraient mécaniquement (dont on peut suspecter le positivisme). Il renvoie à la structuration formelle et implicite de toute réalité empiriquement vécue et observable (qu’elle soit langagière, sociale, économique ou juridique). L’interrogation centrale du thème portera donc sur la façon de sortir de ce mouvement de balancier entre un tout formalisme auquel a succédé un tout positivisme pour repenser les fondements des sciences humaines et sociales. En effet, si ces dernières admettent que la réalité est construite, elles ne peuvent ignorer que les faits ne sont pas préalables au cadre de compréhension qui permet de les poser, voire suggérer des causes distinctes à partir desquelles elle est produite. A condition toutefois d’y voir une formalisation incorporée et non réifiante, plaquée sur l’objet (qu’il soit locuteur, acteur, etc.). C’est donc dire qu’elles ne peuvent faire l’impasse non plus sur une réalité en train de se faire, toujours reconfigurée, reconstruite, car forcément située. Ainsi, une dialectique structurale ne serait-elle pas à même de lutter contre tous les réductionnismes que les disciplines combattent (et se battent entre elles) et de cerner plus précisément les dynamiques paradoxales que les sciences humaines et sociales cherchent à expliquer ?

Thème 4 - Structure, savoirs et pouvoirs

Á priori indispensable au linguiste et à l’anthropologue, au sociologue, au psychologue ou à l’économiste, au début des années 60, en quelques années, on déclare pourtant le structuralisme « dépassé », dénonçant une vision statique et abstraite ou un immanentisme anti-sociologique. De quoi la brutalité de ce rituel de damnatio memoriæ constitue l’indice est l’objet de cette session. Grâce à sa valeur essentiellement polémique (G. DELEUZE) et subvertissant toutes les références (É. BALIBAR), le structuralisme a offert aux autres conceptions rationalistes, revendiquant de se « défaire de notre vieil attachement à l’objet et de renoncer au réalisme » (M. MERLEAU PONTY), un périmètre de débats scientifiques. On sait que C. LEVI-STRAUSS développe son modèle depuis le programme de SAUSSURE (1857-1913). Quand Ce dernier, n’ayant pas de précurseur linguiste, trouve lui-même son modèle épistémologique dans la seule « science sociologique » disposant d’une constitution scientifique, l’économie : science autonome, assurée de son domaine et de ses méthodes (J. MOLINO). Ainsi, à la fin du XIXe, une communauté de représentation théorique propose une sérieuse rupture épistémologique : la séparation radicale du théorique et du « réel » (X. RAGOT). WALRAS (1834-1910), PARETO (1848-1923) et SAUSSURE veulent sonner le glas de la conception absolutiste de la valeur économique et du signe linguistique, désormais exclusivement définissables à l’intérieur du système auquel ils appartiennent (J. MOLINO). En bref, « la langue et le marché sont des systèmes où tout se tient » (J. MOLINO). Ainsi, au delà de ses postures -et parfois délires scientistes (cf. le mathème de LACAN)-, le structuralisme incarne un ensemble de postions théoriques fondamentales : rupture entre le réel opérant et la réalité sociale immédiate, travail du concept et des abstractions. Or, dès les années 40, se déploie, dans l’ensemble des SHS, une offensive idéologique, dont l’objet est la domination des Etats-Unis prenant pour alibi le contexte de Guerre froide (S.M. AMADAE). La guerre diplomatique se double alors d’une offensive intellectuelle visant à combattre les « théories du soupçon », qui feraient le lit du totalitarisme. Et si, au milieu des années 60, les champs intellectuels étatsuniens et français n’ont jamais été autant éloignés dans le périmètre des SHS (F. CUSSET, F. DOSSE), c’est notamment du fait de ces stratégies de confusion (F. RASTIER), ou d’une stratégie délibérée de transfert d’hégémonie (F. CUSSET), marginalisant les enjeux scientifiques véritables. De telle sorte que, derrière l’empirisme et le réductionnisme positiviste, qui constituent l’épistémologie dominante de la recherche anglo-saxonne, s’engage une véritable régression épistémologique, qui va ouvrir la voie à un recours croissant à l’empirie (J.-C. QUENTEL), avec la tentation sous-jacente d’extension des lois biologiques à l’ordre social (D. BECQUEMONT). Le recours massif à ces approches, dès les années 60, installe le modèle cognitif, qui va confisquer au modèle structural son ambition fédératrice, par ailleurs critiquée (C. PUECH). Tout en acceptant l’irréductibilité des structures à un modèle épistémologique unique, cette session se donne pour objectif d’explorer la généalogie idéologique, et de disqualifier le tournant idéologique, du cognitivisme, en faisant l’inventaire de la « figure française » du structuralisme (É. BALIBAR). Elle vise à explorer la question du pouvoir et de l’idéologie, notamment dans le domaine des sciences, et en ambitionnant de faire se rejoindre les considérations de structure formelle et celles de devenir dialectique (H. LEFEBVRE), ou d’examiner l’articulation possible de l’instance et de la performance (J. GAGNEPAIN).

Thème 5 - Structure et imaginaire Avec pour objectif de revisiter les liens entre « imaginaire » et « structure », ce thème partira, notamment, des travaux fondateurs de Gilbert DURAND. Il s’agira, dans un premier temps, de confronter les « structures anthropologiques » de l’imaginaire aux apports épistémologiques de l’anthropologie clinique développée par Jean GAGNEPAIN. On pourra alors montrer que l’une et l’autre perspective se rencontrent sur une conception dialectique de la structure. Les régimes « diurne » et « nocturne » de l’imaginaire peuvent, en effet, être envisagés selon une dynamique de la « coexistence des contraires » (la coincidentia oppositorum) qui recoupe, en partie au moins, la dialectique de la nature et de la culture à partir de laquelle la notion de structure acquiert un statut dans l’anthropologie clinique. Aussi, les « structures de l’imaginaire », chez Gilbert DURAND, se démarquent-elles d’une conception ontologique de « l’invariance » dans la mesure où celle-ci procède moins d’un contenu que d’une opposition structurale entre deux façons de répondre symboliquement à l’angoisse du temps mortel. On pourra alors, dans un deuxième temps, interroger l’actualité des structures anthropologiques de l’imaginaire au regard des travaux récents menés dans le champ. Il s’agirait alors de saisir les prolongements dont elles ont fait l’objet, mais aussi les oppositions qu’elles ont soulevées conduisant à l’abandon de la notion de structure au profit d’une seule sémiologie ou herméneutique. À l’encontre de ce réductionnisme logocentrique, le recours à l’anthropologie clinique pourrait montrer en quoi la réhabilitation de la structure, couplée avec une diffraction de la rationalité humaine, permettrait de rehausser la pertinence des « structures anthropologiques » de l’imaginaire.

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