Châtelet Œuvres Complètes

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Pour commémorer le dixième anniversaire de la mort de Gilles Châtelet, les éditions Rue d’Ulm publient un ensemble de textes philosophiques inédits ou devenus introuvables - à la fois pendant, genèse et prolongement du volume Les Enjeux du mobile. Mathématique, physique, philosophie paru aux éditions du Seuil en 1993. La rencontre de Châtelet avec Gilles Deleuze en 1972 aura eu une influence décisive sur son cheminement philosophique, initiant un geste de pensée dont on retrouve la présence en filigrane dans tous ses textes théoriques. Dernier penseur romantique du XXe siècle, il estimait qu’« il y a une espèce de bouleversement propre à la philosophie qu’il est important d’avoir jeune [...] il faut avoir un rapport à la fois naïf et professionnel à la philosophie pour apprécier le frisson et l’audace du spéculatif. Novalis disait : “À qui ne plairait pas une philosophie dont le germe est un premier baiser ?” ». Il faut reconnaître en Châtelet le penseur de l’individuation et de la magnification des libertés humaines, mais également un théoricien du virtuel et du diagramme. L’ouvrage se fait l’écho de son débat avec des figures contemporaines majeures : Alain Badiou, Gilles Deleuze, Roger Penrose ou René Thom. Il comprend le dernier manuscrit de l’auteur retrouvé sur sa table de travail après son suicide.

Prix 24 € - 19 x 20 cm - 312 pages - en librairie le 26 novembre 2010

Le livre est aussi disponible au comptoir de vente des éditions Rue d’Ulm (tél. 01 44 32 36 85 ou 86) et www.presses.ens.fr

L’Enchantement du virtuel. Mathématique, physique, philosophie

Introduction. Des Enjeux du mobile à l’Enchantement du virtuel - et retour, par Charles Alunni • Gilles Châtelet, dernier philosophe romantique. • L’enchantement du virtuel dans Les Enjeux du mobile. • Métaphore et concept. • Dictature des faits ou libération du geste ? • Abstrait-concret. Le schème comme articulation dialectique. • Le point, la flèche et le diagramme. • L’Enchantement du virtuel et le dernier manuscrit. Structure möbusienne de l’Œuvre au noir. Le dernier manuscrit. • Conclusion. • Remerciements.

Première partie. Enjeux • Principes épistémologiques et programme de recherches. • Singularité, métaphore, diagramme. • Sur une petite phrase de Riemann. • Le potentiel démoniaque. • Aspects philosophiques et physiques de la théorie de jauge. • La physique mathématique comme projet. Un exemple : la « grande unification des forces. » • L’enchantement du virtuel. • Quelle philosophie pour la science d’aujourd’hui ? • La philosophie aux avant-postes de l’obscur. • Mettre la main à quelle pâte ? • La mathématique comme geste de pensée. • La géométrie romantique comme nouvelle pratique intuitive

Seconde partie. Figures Alain Badiou : le Nombre et les nombres. • Gilbert Simondon (1924-1989). • L’univers de Roger Penrose. Un royaume dont le prince est un enfant. • René Thom et Gilles Châtelet : dialogue impromptu. • À propos du livre de Roger Penrose : Les Ombres de l’esprit. • Autour du vrai-faux rapport d’Éric Alliez : « De l’impossibilité de la phénoménologie. » • Pour Deleuze, penseur du déclic

Notes

Documentation et bibliographie, établies par Catherine Paoletti


Mathématicien et philosophe, Gilles Châtelet (1944-1999) soutient en 1975 son doctorat d’État ès-Sciences mathématiques en topologie différentielle. Professeur de mathématiques à l’Université Paris VIII, directeur de programme au Collège international de philosophie, il est l’auteur d’une œuvre philosophique singulière dont on n’a pas encore pris toute la mesure et que son succès de pamphlétaire aura partiellement occultée (Vivre et penser comme des porcs, Folio, 1999 et Les Animaux malades du consensus, Lignes, 2010).


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Pour commémorer le dixième anniversaire de la mort de Gilles Châtelet, auteur du fameux essai critique Vivre et penser comme des porcs, paru en 1998, les Éditions Lignes publient le recueil de ses interventions et textes politiques inédits ou devenus introuvables. Les Animaux malades du consensus : « Pour mettre en œuvre son équation : Marché = Démocratie = Majorité d’Hommes Moyens, l’Industrie du Consensus a su inventer de redoutables technologies de crétinisation. C’est une fable pour le temps présent et les temps à venir... » (G. C.)

Voilà dix ans, le mathématicien et philosophe Gilles Châtelet publiait un essai singulier et prophétique, dont le titre retentit encore : Vivre et penser comme des porcs. De l’incitation à l’envie et à l’ennui dans les démocraties-marchés, (Éditions Exils, 1998, puis Folio Actuel, 1999, régulièrement réimprimé depuis). Ce texte était l’un des premiers à analyser, avec la rigueur du scientifique, la verve du polémiste et la patience du philosophe, le processus de domestication généralisée imposé par ce qu’il était alors convenu d’appeler « le nouvel ordre mondial », ordre qu’il nomme tantôt « cyber-mercantile », tantôt « démocratie-marché ». Ce faisant, il ouvrait la voie aux philosophes, qui, après lui, pourfendent la démocratie en montrant combien elle est soluble dans l’économie de marché. Gilles Châtelet en appelait à la constitution d’un front du refus fondé sur une philosophie de combat : « Nous devons vaincre là où Hegel, Marx et Nietzsche n’ont pas vaincu... » Ce livre, publié juste avant qu’il ne se donne la mort, au début juin 1999, était l’aboutissement d’une longue maturation, le fruit d’expériences, de rencontres qui avaient nourri sa tendance naturelle à la révolte et aiguisé son esprit de résistance à toutes formes de répression : politique, philosophique ou institutionnelle, partout où l’irréductibilité vertigineuse et « l’innocence du quelconque » peuvent être mises à mal au nom du dogmatisme, de l’idéologie, de la pensée et du système uniques. Gilles Châtelet avait commencé de rendre publique ses critiques du consensus dès les années 1980 (les années Mitterrand ; il est sans doute, là encore, l’un des premiers à avoir décelé le consensus auxquels se livrait la gauche de gouvernement). Ce sont ces interventions et articles, depuis devenus introuvables, ou les textes restés inédits (notamment ses carnets) que nous réunissons sous le titre : Les Animaux malades du consensus. Ces proses critiques très maîtrisées, d’une lucidité mordante, constituent autant de fables des temps modernes, mêlant considérations philosophiques et humeur, humour et pensée critique, où l’on retrouve en germe le bestiaire et les généalogies de son unique et ultime pamphlet. Ses analyses stimulantes, suffocantes de pertinence et de liberté de ton, sont taillées à la mesure des questions d’actualité d’alors, qui demeurent des plus brûlantes : l’Université, le travail, l’usage des drogues, les élites, la vitesse, le pétro-consensus... En somme, un exercice spirituel qui rappelle, en période de glaciation et d’amnésie, que la liberté n’est pas un choix mais un fait ; qu’il ne s’agit pas seulement d’invoquer son principe mais bien de travailler aux conditions de son exercice.

Extrait : « Pourtant l’Élite consensuelle reste inquiète : elle a trop bien réussi à désosser la populace générique, à lui ôter toute énergie : la Chair à bon choix ne se dérange même plus pour ratifier. On se désespère : où est le père Noël qui fera émerger un Grand Projet ? Comment électriser le Grand Zéro ? Bien sûr, l’État “fonctionne” toujours, mais jamais une fonction n’a accouché d’un projet ! Au niveau national on compte beaucoup sur les “questions de société” et la “défense des valeurs” pour exalter un peu la Chair à bon choix. Mais on ne peut espérer que les États restent les seuls maîtres d’œuvre de la Grande Charte Sanitaire du Mental qui s’esquisse. Les ministères de la lutte du Bien contre le Mal de chaque pays pourront sans doute assumer la sous-traitance indigène des croisades et des Grandes Battues et gérer le Service National des dénonciations, mais il semble que seules les multinationales de la superstition, comme l’Unification Church, l’Église de scientologie, etc., soient aptes à répondre à la demande mondiale de crétinisation. »

REPÈRES BIOGRAPHIQUES

Gilles Châtelet est né le 2 février 1944. Son sens critique et polémique eut l’occasion de s’exprimer très tôt, affûté par les joutes auxquelles il se livra durant toute son adolescence avec son beau-père, Maurice Bourstyn, intellectuel juif, communiste et résistant, dirigeant cégétiste, dont l’extrême rigueur exerça sur lui une influence décisive. Gilles Châtelet grandit à Bezons, petite ville industrielle de la région parisienne, archétype de la banlieue ouvrière communiste. Il entre au lycée de Saint Germain-en-Lay et découvre la philosophie avec Jacques Gaucheron qui remarque son jeune élève.

Il entre en 1963 à l’École normale supérieure de Saint-Cloud en section scientifique, et soutiendra son Doctorat d’état es-Sciences de Mathématiques pures en topologie différentielle le 20 décembre 1975. Dès la fin des années 1970, il entre en dialogue avec René Thom qui se poursuivra jusqu’à la mort de ce dernier. Il est assistant, puis maître-assistant à Paris VII à partir 1976, et devient professeur de mathématiques à Paris VIII en 1979. Directeur de Programme au Collège international de philosophie entre 1989 et 1995, il fonde le séminaire Rencontres Science-Philosophie. En 1994, il rejoint le laboratoire « Pensée des sciences » qui vient d’être fondé à la rue d’Ulm par Charles Alunni. Il prend alors une part particulièrement active au séminaire « Acte, Puissance, Virtualité » et y exerce une influence notable. À son entrée à St Cloud, il fait un bref passage à l’U.E.C. (Union des étudiants communistes) qui était alors un nid d’opposants à la ligne stalinienne du Parti. Il participe à la contestation de mai 68 en tant que membre du SNESup (Syndicat national de l’enseignement supérieur), non sans une certaine défiance à l’égard des grands groupes constitués. Il s’associera aux travaux du CERES (Centre d’études, de recherches et d’éducation socialiste), aux côtés de Jean-Pierre Chevènement qui saluera sa critique du néolibéralisme lors de la parution de Vivre et penser comme des porcs. En 1970, à l’occasion d’un séjour à l’université de Berkeley aux États-Unis, il rencontre les principaux protagonistes de la Beat Generation (William Burroughs, Alan Ginsberg...). À son retour, il milite au FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire) et il se lie d’amitié à Roland Barthes, Daniel Guérin, Guy Hocquengheim, Copi Saramente... Michel Foucault marque une étape dans sa réflexion politique ; puis Félix Guattari, qui l’invite à participer aux travaux du CERFI (Centre d’études, de recherches, et de formations institutionnelles), lui ouvre une certaine compréhension des Institutions). Il participe à la revue Recherches, plateforme éditoriale du Centre, et creuset des réflexions sur la folie, les mondes disciplinaires, la normalisation étatique ou la sexualité. Gilles Châtelet sera partie prenante des numéros : « Équipements de Pouvoir » et « 3 Milliards de Pervers ». Sa rencontre avec Gilles Deleuze en 1972 aura une influence décisive sur son cheminement philosophique, initiant un geste de pensée dont on retrouve la présence en filigrane dans tous ses textes théoriques. En 1993, il publie Les enjeux du mobile. Mathématiques, physique, philosophie, dans la collection « Travaux », fondée par Michel Foucault aux Éditions du Seuil. Son succès de pamphlétaire a finalement occulté une œuvre philosophique dont on a pas encore pris toute la mesure. L’ensemble de ses textes philosophiques inédits, ou devenus introuvables, sont à paraître le 26 novembre 2010, sous le titre L’Enchantement du virtuel. Philosophie, physique, mathématique, aux Éditions Rue d’Ulm (Presses de l’École normale supérieure de Paris). Il faut reconnaître en lui le penseur de l’individuation et de la magnification des libertés humaines. Il rappelle à nos mémoires engourdies, qu’en tout état de cause, « qu’il soit mathématicien ou pas, tout homme épris de liberté a le devoir de dire que certaines choses sont insupportables lorsqu’il en a la possibilité ». Il se donne la mort en juin 1999.

Les Animaux malades du consensus sont accompagnés d’une préface et d’une biographie qui retracent à la fois son parcours et une mise en perspective de son œuvre.


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